
Thibault Sablon - Patrick Lesage
Plus de 90 % des travailleurs luxembourgeois pourraient voir leurs activités évoluer avec l’intelligence artificielle, selon le STATEC¹. Mais plutôt qu’une disparition des métiers, c’est une transformation profonde des tâches et des compétences qui s’annonce. Encore faut-il que les entreprises suivent : en Europe, 55 % des grandes entreprises utilisent déjà l’IA, contre 17 % seulement des petites².
Transformer le travail et non le supprimer
Dans la majorité des secteurs, l’IA viendrait d’abord augmenter le travail plutôt que le remplacer ; ce sont surtout les tâches administratives qui seraient automatisées¹. Des études européennes récentes³ montrent d’ailleurs que les entreprises qui recourent fortement à l’IA sont plus productives, investissent davantage et ne réduisent pas leurs effectifs. Pour le STATEC, le principal défi sera d’accompagner cette transition, en développant les compétences et en réinventant les processus de travail.
Un décalage qui se creuse
Le Luxembourg part pourtant avec de vrais atouts : 33,6 % des entreprises de 10 salariés et plus y utilisent l’IA, contre 20 % dans l’UE, ce qui le classe 5e des Vingt-Sept². Mais dans les entreprises, le passage à l’action reste difficile, y compris chez les plus grandes. Selon les résultats luxembourgeois du KPMG CEO Outlook 2026⁴, seuls 30 % des dirigeants estiment avancer au bon rythme, contre 66 % dans le monde, et la moitié seulement juge ses équipes prêtes. Les PME, qui disposent rarement d’équipes dédiées, le ressentent plus encore.
Un accompagnement pensé pour les PME
Avant de se lancer, les deux cofondateurs ont passé en revue plus de 150 acteurs du secteur, des prestataires indépendants aux grands groupes de conseil. Leur constat : les petites structures, qui forment l’essentiel du tissu économique luxembourgeois, trouvent rarement un accompagnement adapté à leurs moyens et à leurs contraintes. Pour Patrick Lesage, l’obstacle n’est pas tant technique que stratégique : « Les dirigeants n’ont pas besoin de plus d’outils, ils ont besoin de recul. Savoir quoi faire, pourquoi, et dans quel ordre. »
naia agit sur trois leviers : former les équipes sur des situations tirées de leur propre métier, les autonomiser grâce à des assistants IA adaptés aux processus de l’entreprise, et automatiser les tâches répétitives pour libérer du temps. La formation y occupe une place centrale. « Mon rôle, c’est de rendre simples des technologies qui intimident. La question que l’on se pose en permanence, c’est : est-ce que ça sert, et est-ce qu’on peut faire plus simple ? », explique Thibault Sablon.
Deux générations, une même ambition
² Eurostat, Use of artificial intelligence in enterprises, décembre 2025.
³ BCE, Artificial intelligence: friend or foe for hiring in Europe today?, 2026 ; Aldasoro I. et al., AI adoption, productivity and employment: evidence from European firms, BIS Working Papers n° 1325, 2026.
⁴ KPMG Luxembourg, résultats luxembourgeois du CEO Outlook 2026, présentés le 15 octobre 2026.





