Le ministère de l’Égalité des genres et de la Diversité a récemment mandaté WIDE ANDCO pour réaliser une étude quantitative et qualitative sur la place des femmes dans les filières STIM (Sciences, Technologie, Ingénierie, Mathématiques). WIDE ANDCO, créée en 2013 sous forme d’asbl, devenue Société d’Impact Sociétal en 2022, encourage les femmes à saisir les opportunités offertes par la digitalisation de l’économie et vise à réduire les disparités de genre dans le secteur ICT. L’étude, réalisée en 2023-2024, montre que les femmes sont encore très sous-représentées dans les sciences et l’IT, identifie les causes de cette situation et propose des actions correctives.
Malgré un contexte favorable à l’égalité entre les hommes et les femmes, certains chiffres demeurent insatisfaisants : au Luxembourg, seules 27 % des étudiantes choisissent des filières STIM, contre 32 % en moyenne européenne et seulement 19 % des salariés de l’informatique sont des femmes. Cette sous-représentation s’explique par des stéréotypes persistants : l’informatique est perçue comme « technique », peu créative, et associée aux mathématiques. Si les filles doutent rarement de leurs capacités, elles anticipent des obstacles liés à l’environnement scolaire et professionnel. De plus, 33% des répondantes se déclarent mal informées des possibilités professionnelles associées à cette filière, pourtant vaste.
Dans l’étude menée par WIDE ANDCO, 58 % des lycéennes interrogées estiment que les garçons se pensent supérieurs en sciences et informatique. Les stéréotypes de genre sont renforcés par un manque d’initiation à l’informatique dès le plus jeune âge et par la faible présence de rôle modèles féminins. À l’école, les enseignants d’informatique sont majoritairement des hommes.

Cependant, les professeurs jouent un rôle clé : ils peuvent encourager la curiosité, la confiance en soi des filles ou au contraire les décourager, parfois inconsciemment, en orientant celles-ci vers des carrières « douces ». À la maison, l’informatique reste souvent un non-sujet : 54 % des participantes déclarent qu’on n’en parle pas dans leur famille. Conséquence : les filles se dirigent davantage vers les sciences humaines ou les métiers du soin et seuls 17% d’entre elles au Luxembourg expriment le souhait de travailler dans un domaine scientifique (source : Étude PISA-OCDE 2020, réalisée auprès de jeunes filles de 15 ans).
3 questions à Véronique Ziliotto, founder, ellan
En quoi consiste votre métier ?
Je suis la fondatrice d’ellan, une entreprise qui propose des services de conseil et de formation dans le domaine de la tech.
Qu’est-ce qui vous plait le plus dans cette activité ?
La diversité des missions, l’ancrage de mon travail sur la technologie et l’innovation ainsi que la richesse des échanges avec des clients très variés.
Quel conseil donneriez-vous à une jeune femme qui voudrait s’orienter dans une carrière comme la vôtre ?
Ne pas hésiter ! Le monde de la tech est passionnant et il évolue vite. Il y a beaucoup d’opportunités. Je conseillerais d’être curieuse et de rencontrer des personnes qui travaillent dans ce secteur afin de découvrir la diversité des métiers.
Une fois dans la vie active, les défis persistent : 66 % des femmes en IT disent avoir subi du sexisme dans leurs équipes et 47% des femmes interrogées (dans des fonctions IT ou non) estiment que la maternité a été un frein dans leur carrière. Les femmes qui réussissent malgré tout à faire leur chemin dans ces carrières ont souvent dû se battre, se forgeant une image de « rebelle », ce qui peut contribuer à décourager celles qui souhaitent s’engager dans des voies similaires.
Alors, que faire pour promouvoir les carrières techniques et scientifiques et pour que chacun puisse s’y épanouir ?
Les recommandations de l’étude WIDE ANDCO sont claires : introduire l’informatique dès l’école fondamentale, généraliser les formations au coding, former les équipes pédagogiques aux biais de genre, et multiplier les initiatives inclusives (ateliers, stages, événements).
« Dans le cadre de nos visites d’entreprises pour les jeunes, nous veillons à proposer une offre variée pour mettre en lumière les secteurs et professions phares sans oublier les domaines techniques et scientifiques évidemment », explique Sylvia Ridlesprige, General Affairs & Partnerships Manager, au département Talents & Skills de la Chambre de Commerce. Et de poursuivre avec cet exemple : « Lors de la matinée découverte que nous avons organisée en 2025 chez Schroeder & Associés, les jeunes ont pu découvrir le métier d’ingénieur. Dans le même ordre d’idée, nous allons lancer prochainement un atelier de découverte des professions techniques et d’ingénieur, destiné aux jeunes de 14 ans et plus, en partenariat avec le Luxembourg Science Center.»
Quelques initiatives à suivre :
- La Chambre de Commerce participe à la promotion des filières scientifiques en soutenant, au travers de partenariats, plusieurs actions à destination du jeune public : le projet pédagogique Wëssens-Atelier qui vise à intéresser les enfants (8-12 ans) à la technique et aux technologies ; les Olympiades en Sciences naturelles qui suscitent l’intérêt des élèves pour les sciences, via des expériences réelles et la participation à un concours international ; les Olympiades informatiques qui identifient des jeunes élèves ayant des compétences particulières en informatique, dont la conception d’algorithmes et les langages de programmation.
- Girls Deploy Your Talent : projet d’IMS pour encourager les filles à explorer les carrières STIM, à base de sensibilisation, immersions, rencontres et coopérations entreprises-écoles. Dans ce cadre, un événement dédié au rôle des entreprises dans la promotion des carrières STIM, aura lieu le 11 février.
- La challenge Astro Pi : programme européen destiné aux jeunes, leur permettant de mener des recherches dans le domaine spatial et d’écrire des programmes pour la station spatiale ISS
- GirlsinSciTech : série de vidéos produites par la faculté des Sciences, Technologie et Médecine de l’Université du Luxembourg, dans lesquelles des femmes scientifiques témoignent de leur expérience professionnelle.
Les entreprises ont un rôle majeur à jouer : adopter une communication inclusive et en faire un élément de la culture d’entreprise, proposer des plans d’égalité et des conditions de travail flexibles, accueillir des stagiaires filles, toutes fonctions confondues y compris celles d’ordre technique. Enfin, il est crucial de montrer la diversité des métiers et de valoriser des parcours inspirants. C’est ce qu’a fait Arcelor Mittal en organisant le 28 octobre 2025, avec l’Université du Luxembourg, la conférence Women Rising Luxembourg, pour promouvoir la progression des femmes dans le secteur de la construction. Cet événement, promu auprès d’un public de jeunes filles, a fait intervenir un panel de profils féminins du secteur, comme autant de rôle modèles inspirants.

« Œuvrer pour une orientation des jeunes plus moderne et adaptée au contexte économique est l’un des axes d’action de la Chambre de Commerce », poursuit Sylvia Ridlsprige. « Il faut permette aux jeunes de mieux connaître leurs potentialités grâce à des outils tels que des bilans de compétences plus systématiques et personnalisés. Nous plaidons également pour des accompagnements renforcés et réguliers afin de mieux préparer leur projet professionnel et les aider à choisir des études offrant de réelles perspectives, dont les sciences font définitivement partie. Dans ce contexte, les stages de découverte systématiques jouent aussi un rôle central, en permettant aux jeunes d’explorer concrètement les métiers et d’affiner leurs choix d’orientation. »
Favoriser la présence des femmes dans les STIM n’est pas seulement une question d’équité : c’est un levier stratégique pour l’innovation et la compétitivité des entreprises et du Luxembourg. C’est aussi la garantie que les innovations technologiques et notamment toutes celles liées à l’IA, intègrent des dimensions féminines dans leurs développements.
3 questions à Iris Behrmann, professeur de biochimie, Université du Luxembourg
En quoi consiste votre métier ?
Mes principales tâches sont la recherche et l’enseignement. Je travaillais principalement en laboratoire jusqu’à ce que je devienne post-doctorante. Puis ces activités de laboratoire ont été progressivement remplacées par la supervision de la recherche et l’administration lorsque je suis devenue cheffe de groupe. Cela implique, par exemple, la rédaction et l’évaluation par les pairs de publications scientifiques et de demandes de subventions, ou la participation à des jurys de thèse. J’enseigne principalement la biochimie aux étudiants en Bachelor de médecine et de sciences de la vie. Lorsque j’étais chef de ce département , jusqu’en 2024, une grande partie de mon temps était également consacrée à l’administration et à la gestion.
Qu’est-ce qui vous plait le plus dans cette activité ?
J’aime la recherche. C’est fascinant de faire de nouvelles découvertes. Grâce à nos activités scientifiques, nous contribuons aux domaines de la biologie tumorale et de la communication cellulaire. Il est également intéressant de suivre et de discuter des avancées plus générales en biomédecine et d’intégrer éventuellement ces nouvelles connaissances dans nos propres activités de recherche et d’enseignement. De plus, j’apprécie de travailler avec des personnes très diverses, issues de différents horizons professionnels, des jeunes étudiants comme des collègues plus expérimentés, au niveau local comme international, par exemple lors de conférences ou de comités d’évaluation. Les journées sont toutes différentes dans l’environnement multilingue et multiculturel de notre jeune université dynamique.
Quel conseil donneriez-vous à une jeune femme qui voudrait s’orienter dans une carrière comme la vôtre ?
Au moment du choix de ses étude, si un domaine vous passionne vraiment, lancez-vous avec détermination. Cependant, il faut être conscient que la recherche est une voie qui nécessite de la résilience car elle est imprévisible. De nombreuses expériences n’aboutissent pas aux résultats escomptés. De plus, le domaine biomédical est très compétitif. Vous devez donc savoir faire face aux revers mais cela ne s’applique pas uniquement à la recherche.
Une carrière de professeur universitaire exige beaucoup de flexibilité car il n’est pas rare de devoir déménager plusieurs fois. Il faut aussi accepter l’incertitude car la plupart des contrats, avant d’obtenir le statut de professeur, sont à durée déterminée mais de toute façon, d’autres options de carrière peuvent s’offrir à vous en cours de route.






