Lancée officiellement en octobre 2016, sous l’impulsion de la Chambre de Commerce en partenariat avec le ministère de l’Économie, la House of Entrepreneurship est aujourd’hui reconnue comme LA plateforme fédératrice des acteurs publics ou privés, offrant tous les conseils et l’assistance nécessaire aux entrepreneurs. Ce guichet unique qui fête ses dix ans cette année, rassemble, en effet, sous son toit, de multiples partenaires, avec toujours pour objectif d’aider les porteurs de projets et les entrepreneurs dans toutes les étapes de vie de leur activité, de la création au développement de leur entreprise, de la reprise à la transmission. Entretien avec Stéphanie Damgé, directrice de la House of Entrepreneurship.
Il y a dix ans, la Chambre de Commerce a pris l’initiative de créer une nouvelle entité qui devait prendre le relais de son Espace Entreprises, qui faisait alors face à de plus en plus de demandes de clients. En partenariat avec le ministère de l’Économie et de nombreux autres partenaires, publics et privés, œuvrant dans l’écosystème entrepreneurial, l’idée était de proposer un « grand guichet unique » national pour favoriser les synergies et apporter une réelle plus-value aux porteurs de projets, aux entrepreneurs et aux entreprises établies. Il s’agissait aussi, et c’est toujours le cas aujourd’hui, de rendre leur parcours plus simple et plus fluide. À chaque étape de la vie de leur entreprise, les entrepreneurs sont souvent confrontés à une multitude d’interlocuteurs, de démarches, de dispositifs qui ne sont pas toujours faciles à appréhender. Nos missions consistent donc à rendre plus accessible toutes les expertises de l’écosystème, informer, orienter, guider et accompagner les porteurs de projets et les entrepreneurs. Notre ambition a toujours été de permettre aux entrepreneurs de consacrer davantage de temps à leur projet, à leur activité, et moins de temps à chercher les bonnes informations ou le bon interlocuteur.
Puis, dès la création de la House of Entrepreneurship, il a été question de fédérer tous les acteurs, publics ou privés, de créer des connexions, des passerelles afin de rendre l’écosystème plus visible et plus lisible.
Enfin, en étant constamment en contact avec les entrepreneurs, et les experts sur le terrain, la House of Entrepreneurship s’est également donné pour mission d’identifier les problématiques, les défis, les obstacles que les entreprises rencontrent quotidiennement. Elle relaie ces informations aux décideurs, Gouvernement, ministères ou fédérations… pour agir si besoin sur le plan législatif.
Depuis le début, nous avons aussi l’ambition de sensibiliser un large public à l’esprit entrepreneurial.
En résumé, nos missions sont clairement de fédérer l’écosystème national, de promouvoir l’esprit d’entreprise, d’accompagner les entrepreneurs à chaque étape de leur parcours, tout en nous engageant pour un cadre simplifié et un environnement pro-business.
Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous sommes identifiés comme un acteur reconnu dans l’écosystème entrepreneurial par les porteurs de projets et les entreprises établies. Nos chiffres sur les 10 dernières années montrent toute l’ampleur de nos activités qui couvrent une gamme complète de services aux créateurs et aux dirigeants d’entreprises, de la simple réponse à une question jusqu’à des dispositifs d’accompagnement sur de multiples sujets – création, financement, transmission…-, SME packages – cybersécurité, digitalisation – , certifications nécessaires pour, par exemple, les exportations ou les participations à des foires, les cautionnements bancaires ou encore les nombreux ateliers que nous organisons sur des sujets précis. Beaucoup de porteurs de projets que nous avons épaulés dans la création de leur business reviennent nous voir ensuite tout au long de leur parcours entrepreneurial et c’est pour nous une réelle source de fierté car nous voyons qu’ils nous font confiance.
Parallèlement, nous avons également réussi à nouer des liens solides avec quelque 150 partenaires publics ou privés. Cela nous a permis de gagner en légitimité dans l’écosystème économique, d’être partie prenante dans les revendications venant des acteurs du terrain et d’avoir encore plus de réactivité en apportant des solutions et des réponses rapides aux personnes qui viennent nous consulter.

En premier lieu, je dirais que l’entrepreneuriat est devenu plus accessible. Les porteurs de projets ont moins la crainte de se lancer dans l’aventure qu’il y a dix ans. Puis, grâce au travail de sensibilisation mené auprès des jeunes publics et au développement de l’écosystème startups dans le pays, les jeunes envisagent davantage aujourd’hui de se lancer, de créer ou reprendre une entreprise.
Autre changement : nombreux sont ceux qui entreprennent désormais après une première activité salariale ou parallèlement à leur activité salariale, afin d’avoir encore une certaine sécurité financière. Certains employeurs encouragent ou soutiennent d’ailleurs ces projets. Les expatriés ou leurs conjoints ont aussi tendance à plus se lancer aujourd’hui dans l’entrepreneuriat.
Comme tout a évolué rapidement avec la digitalisation et l’arrivée de l’intelligence artificielle, des opportunités sont apparues. L’image des porteurs de projets, des dirigeants d’entreprise ou des modèles d’organisations a changé. Il n’y a plus de profil type.
On note aussi qu’il y a de plus en plus de créateurs qui se posent des questions sur la durabilité et/ou les enjeux sociétaux et qui souhaitent intégrer des mesures visant à maximiser leur impact social ou environnemental dans leurs projets d’entreprises. Le dispositif Sàrl-S (société à responsabilité limitée simplifiée) ayant pour vocation de libérer les entrepreneurs de certaines contraintes liées à la création d’une Sàrl a aussi permis à beaucoup de se lancer.
Enfin, pour les entreprises plus établies, le numérique a aussi bouleversé la manière de gérer un business. Les TPE et PME ont vu les choses bouger rapidement avec la digitalisation, et ont dû s’adapter à ces nouvelles manières de travailler alors qu’elles n’avaient peut-être pas les ressources financières ou humaines nécessaires pour faire face à ces évolutions. Dans ce cadre, nous avons beaucoup développé nos accompagnements dans ce domaine, notamment avec les SME packages.
Les entrepreneurs doivent depuis quelques années faire face à de nombreux défis : ils ont dû traverser de nombreuses crises, la pandémie de Covid par exemple, faire face à l’inflation, aux tensions géopolitiques qui génèrent pas mal d’incertitudes, et s’adapter aux évolutions technologiques et digitales. Tout est devenu plus complexe et exige beaucoup d’agilité de leur part. Leurs demandes changent et nous avons dû nous aussi nous adapter pour leur apporter les réponses adéquates, les dispositifs ou le cadre légal adaptés à leurs besoins. Rajoutons à cela, deux autres défis majeurs : le recrutement / la rétention des talents, et la complexité administrative qui peuvent freiner grandement la création ou le développement d’un business et qui concernent tous les secteurs et les entreprises de toutes tailles. Certaines démarches administratives peuvent être très chronophages et nécessiter beaucoup de ressources humaines ou financières. Nous sommes donc fortement engagés dans des démarches concrètes pour favoriser la mise en place d’un cadre législatif et réglementaire plus simple et plus propice aux entreprises.
Il y a quelques semaines, nous avons également créé un nouveau service : une cellule Financing afin d’aider les porteurs de projet à faire face à la complexité croissante des dispositifs de financement et d’aides étatiques. De nombreux entrepreneurs et porteurs de projets peinent à s’y retrouver. Le système est peu lisible, la complexité administrative ou des démarches entamées trop tardivement peuvent conduire à des opportunités manquées malgré l’existence de dispositifs destinés à soutenir leur développement. Cette cellule évoluera et s’adaptera au fil du temps aux besoins du terrain.
J’ai déjà évoqué précédemment la première : il n’y a plus de profil type d’entrepreneur et se lancer dans l’entrepreneuriat est devenu plus accessible, même si tout le monde n’a pas une âme d’entrepreneur. Gérer une entreprise, c’est un engagement personnel. Il faut prendre des décisions, souvent devoir faire face à un environnement incertain, à des imprévus, être en permanence capable de s’adapter, savoir bien s’entourer et ne pas craindre d’échouer. Par ailleurs, nous constatons souvent que le côté financier des projets est sous-estimé dans les business plans. Si se lancer dans l’aventure entrepreneuriale est une source d’épanouissement, ce n’est pas un long chemin tranquille. Il ne suffit pas d’avoir une passion, une idée géniale ou innovante pour créer une entreprise, il faut se poser la question de savoir si le projet est ensuite viable, adapté aux besoins du marché. Enfin, se lancer dans l’entrepreneuriat, ce n’est pas seulement fonder une startup, cela peut être aussi créer ou reprendre un commerce, une entreprise existante.
Je suis convaincue que nos missions, notamment informer les entrepreneurs avec des conseils personnalisés adaptés, faire de la sensibilisation sur les étapes essentielles du parcours entrepreneurial, offrir un accompagnement complet à travers des workshops et des conseils personnalisés, couvrant diverses thématiques clés ou favoriser les échanges grâce à notre réseau, ne changeront pas. Ce sera la manière dont nous accompagnerons les porteurs de projets et les entreprises établies qui vont se transformer. Nous devrons nous réinventer pour nous adapter aux demandes des entrepreneurs qui évolueront aussi. Les technologies, l’IA, et les questionnements sur la cybersécurité, la durabilité, tout cela nous obligera à développer nos offres d’accompagnements pour soutenir les entreprises et les aider à transformer tous ces changements en opportunités. Le vieillissement de la population va aussi être un vrai défi à gérer car beaucoup de dirigeants seront amenés à quitter leurs entreprises dans les prochaines années. Cela sera un vrai enjeu économique de préserver ces entreprises, les emplois, le savoir-faire… Nous aurons un rôle important à jouer dans la transmission de ces entreprises, l’accompagnement des cédants et des repreneurs.
Ces dix dernières années nous ont permis de développer nos partenariats et nos missions, et lors des dix prochaines, nous consoliderons nos accompagnements et nous suivrons au plus près toutes les transformations en préservant ce qui fait notre force, à savoir notre proximité avec le terrain, notre capacité d’écoute et notre aptitude à nous adapter.
Les dix années en chiffres...
Plus de 350.000 demandes ont été traitées sur les 10 dernières années, concernant des accompagnements, des workshops, des visiteurs/rendez-vous sur site, des demandes ponctuels via téléphone ou autre, des webinaires etc.
23.129 projets/personnes au total ont été accompagnés pour :
- la création: 7.115
- le financement: 3.258
- la transmission ou clôture d’entreprises : 5.756
- le développement: 5.500
- SME Packages: 1.500
Workshops/webinaires: 22.563 participants






