Souveraineté numérique, startups inspirantes, business angels, fintech ou encore – et surtout – l’omnipotente intelligence artificielle… Si, sur la forme, la configuration a quelque peu évolué (4 zones réparties sur 13.500 m² de surface), l’esprit de la 3e édition de Nexus demeure, lui, inchangé : ces 10 et 11 juin, l’évènement a balayé le spectre, très large, des technologies émergentes à Luxexpo The Box. Introduit par quelques grands noms de la tech et des personnalités publiques, ce symposium réaffirme la volonté du Luxembourg de doper son potentiel innovant. Merkur en tire quelques enseignements livrés à la faveur de ces prompts certifiés « intelligence humaine ».
Quelques innovations à venir dans le domaine médical ?
Contrairement à d’autres secteurs (fintech, blockchain) nécessitant une réelle expertise pour en maîtriser les cas d’usage, la healthtech parle à tout le monde. Sa dimension universelle – émotionnelle, même – se reflète dans un marché en explosion, estimé à 39 milliards de dollars en 2025 avec une croissance annuelle proche de 40 % (source : Fortune Business Insights). La « pitch arena » – soit la tribune offerte par Nexus à des startups en quête de médiatisation (et de financement) – consacrée à ces technologies appliquées à la santé augure de belles avancées médicales. Quelques exemples parlants, présentés en moins de 3 minutes par des esprits pionniers : Advanced Care Technologies promet, via son dispositif Digi’Skin, de « restituer le sens du toucher aux personnes amputées, grâce à un brassard de stimulation vibro-tactile » ; cette startup française développe également une semelle connectée (Digi’feet) pour suivre et analyser la santé du pied des personnes diabétiques. Autre débouché jugé porteur : Exhalon concentre ses travaux sur l’analyse de l’haleine en temps réel, « une technique éprouvée pour un diagnostic non invasif, immédiat et très précis », certifie Cécile Chevalier, cofondatrice et présidente d’une société déjà très mature, en témoigne une levée de fonds récente d’un million de dollars. Autre promesse d’avenir pour plus de 500 millions de patients à travers le monde atteints de maladies auto-immunes et inflammatoires : FoxBio Therapeutics, par la voix de la dirigeante Sophie Blondel, adopte une approche thérapeutique novatrice en déployant des thérapies curatives dépassant « la simple gestion des symptômes ». Une dizaine d’autres startups se sont prêtés à l’exercice dans l’espoir de faire avancer non seulement leur business mais aussi la recherche médicale.
Une nouvelle menace sur le terrain cyber ?
La menace est réelle, à portée de clics. Qui plus est pour une nation hyperconnectée comme le Luxembourg. En 2025, le pays a essuyé en moyenne 1.862 cyberattaques par semaine, ce qui représente une hausse de 59 % en un an. Les armes déployées pour soutirer des données ou des sommes d’argent sont entrées dans le vocabulaire commun ; en la matière, le phishing reste leader (8.000 emails frauduleux recensés depuis le début de l’année par NC3 Observatory, plateforme nationale d’analyse, de veille et d’intelligence cyber). Une « nouvelle » tendance, plus sophistiquée, émerge en matière de cybercriminalité : les deepfakes, anglicisme né de la contraction entre deep learning (apprentissage profond) et fake (faux). Si le clonage de voix reste la méthode la plus répandue pour duper un interlocuteur, « les deepfakes vidéo prennent de l’ampleur », prévient un expert d’Orange. Pour s’en convaincre, ce dernier invitait le visiteur de passage sur son stand à se positionner devant la caméra intégrée d’un ordinateur. À l’écran, le quidam voyait se refléter non pas son visage mais celui du célèbre acteur français Jean Dujardin. Soit la démonstration explicite d’une technologie employée à des fins malveillantes : « Avec l’IA, c’est très simple de mettre en place sur son PC ce type de programme. Et de se faire passer pour quelqu’un d’autre lors d’un appel vidéo par exemple ». Faux dirigeant, faux comité de direction ou encore faux client… aussi vrai que nature : les entreprises les moins outillées en cyberdéfense, « traditionnellement les PME », sont particulièrement ciblées par ces fraudes par imitation. Des campagnes de sensibilisation menées auprès des employés pour leur apprendre à déceler certaines anomalies générées par l’IA – synchronisation défaillante entre les lèvres et le son, expressions faciales figées, etc. – sont conseillées pour se prémunir de ces attaques d’un nouveau genre. Des technologies émergentes comme le tatouage numérique, l’IA, la blockchain ou l’ajout d’artefacts permettent d’authentifier les vidéos et de contrer les deepfakes.
Qu’est-ce qui différencie les entrepreneurs issus de la Gen Z de leurs aînés ?
Meagan Loyst, 29 ans, créatrice à 23 ans de ClassDojo système de communication conçu pour le monde scolaire, et CEO the Gen Z VCs, collectif regroupant plus de 27.000 startuppers et jeunes investisseurs en capital-risque, a lancé la session avec une plongée dans le monde des startups qui a tendance à rajeunir rapidement. Selon elle, 305 millions de startups voient le jour chaque année dans le monde et les nouvelles générations montrent un intérêt marqué pour la tech, ce qui augure d’une tendance qui n’est pas prête de s’enrayer. L’âge moyen des primo-entrepreneurs est passé de 30 ans en 2022 à 24 ans en 2026. L’entrepreneuriat attire de plus en plus les jeunes. Pourquoi ? Il y a trois raisons principales : 1. L’IA soutient l’entrepreneuriat en fournissant aux jeunes inexpérimentés les compétences qui leur manquent ; 2. Le marché de l’emploi classique offre insuffisamment d’opportunités aux jeunes ; 3. De nombreuses success stories d’entrepreneurs sont relayées sur les réseaux sociaux.
Les propos de Meagan ont ensuite directement trouvé une illustration avec les pitches d’entrepreneurs en herbe à l’origine d’entreprises à impact : E-coffee, qui propose un café produit localement à base de lupin, qui économise du transport, de l’eau et est meilleur pour la santé que le café classique car exempt de caféine ; et Smart4leaks qui propose aux petites communes luxembourgeoises une solution de détection de fuites d’eau et qui ambitionne d’internationaliser rapidement ses débouchés.
Que retenir des différents panels de discussion portant sur les arbitrages entre innovation, compétitivité, durabilité et éthique à l’ère de l’IA et des nouvelles technologies ?
Les échanges ont mis en lumière les défis majeurs posés par l’IA et les nouvelles technologies, notamment en matière de durabilité, d’éthique et de gouvernance. Le concept d’« IA frugale », basé sur des modèles plus sobres et souverains, apparaît essentiel pour limiter l’empreinte énergétique tout en améliorant l’efficience. Jérôme Petry (ministère de l’Économie du Luxembourg) a souligné le rôle clé des pouvoirs publics dans la mise en place d’un cadre favorable (financement, fiscalité, normes), tandis que Vitalie Schiopu (Climate Camp) a insisté sur l’importance des données pour piloter la décarbonation, notamment dans les supply chains responsables de 85 % des émissions de CO2. Avanti Sharma (Letz make SDGs happen) a rappelé que la durabilité doit être économiquement viable et portée par la Gen Z, déjà très sensibilisée.
Par ailleurs, les intervenants ont souligné que l’IA peut être un levier puissant pour atteindre les objectifs de développement durable, à condition de repenser les modèles économiques et les usages.
Dans une perspective plus sociétale, Volker Türk (UN Human Rights) a appelé, par message vidéo enregistré, à une approche « plus lente, plus sage et plus bienveillante » afin d’éviter les dérives (désinformation, dépendance, pollution). Sa collègue Peggy Hicks a insisté sur les risques pour les droits humains : discrimination, atteinte à la vie privée et impacts sur l’emploi, plaidant pour une régulation immédiate.
Xavier Bettel a, quant à lui, insisté sur l’opportunité stratégique de l’IA, tout en soulignant la nécessité d’un équilibre entre innovation, souveraineté des données et coopération internationale.
Tous ont convergé vers l’idée que la collaboration entre acteurs publics et privés, ainsi qu’une gouvernance responsable, sont indispensables pour construire un futur technologique au service de l’humanité.
Quelles compétences sont essentielles en entreprise pour bien utiliser l’IA ?
L’ère de l’IA transforme profondément les compétences clés attendues mais il reste essentiel de combiner savoir-faire techniques et capacités humaines. Serge Linckels, qui dirige le Digital Learning Hub a insisté sur l’importance de la formation continue à tous les niveaux, avec des partenariats public-privé pour accompagner cette transition. Geoffrey Nichil (Dotika) a expliqué que l’IA ne remplacera que les entreprises qui ignorent… l’IA. En ce qui concerne les compétences utiles, il a cité les trois qu’il essaie d’inculquer à sa fille de trois ans : être passionné, avoir une pensée logique et savoir interagir avec d’autres humains. Meagan Loyst (Gen Z VCs) a également mis en avant l’adaptabilité, la curiosité, l’esprit entrepreneurial et la créativité comme atouts majeurs dans un contexte de disparition de certains métiers traditionnels.
Fateh Amroune, professeur associé d’intelligence artificielle à HEC Liège Luxembourg, a anticipé le fait qu’une fois que l’IA sera partout, plus personne n’en parlera, comme l’électricité de nos jours. Il a raconté qu’il n’y a pas si longtemps, il actualisait ses cours tous les 6 mois alors qu’aujourd’hui, il commence son cours hebdomadaire par tout ce qui a changé dans la semaine ! Son conseil est de doter les élèves d’une culture numérique de base dès le primaire et de développer leur esprit critique pour naviguer dans un monde où le savoir et l’information mais aussi la désinformation sont partout.
Un écosystème startups qui va compter demain ?
L’écosystème des startups – scaleups était cette année particulièrement bien représenté à Nexus. Plus de 250 jeunes pousses étaient de la partie ! Les visiteurs ont pu rencontrer les probables pépites de demain, dont certaines ont été récompensées sur l’une des 4 scènes du salon. Mention spéciale aux 15 startups lauréates ayant achevé avec succès la 16e édition du programme d’accélération géré par Luxinnovation dont le processus de sélection a dû éplucher un nombre record de près de 500 candidatures de 65 pays ; ou encore aux 5 lauréats des Luxembourg AI Excellence Awards 2026 organisés par la Fedil, en partenariat avec Luxinnovation et avec le soutien de la Chambre de Commerce.
Partenaire privilégié de Nexus, la Chambre de Commerce a coordonné la participation à cet évènement de plusieurs entreprises, startups et délégations commerciales internationales. Ces dernières pouvaient participer à une journée de découverte du Luxembourg le 9 juin, soit une opportunité unique de découvrir le paysage économique dynamique du pays, son secteur de l’innovation et son écosystème startups. Une participation essentielle pour Nima Eskandari, fondateur de la startup Agtelligence : « Le Luxembourg est aujourd’hui l’un des écosystèmes les plus attractifs d’Europe pour les startups souhaitant collaborer avec des institutions financières. Agtelligence leur apporte son aide ainsi qu’aux assureurs en leur fournissant des informations sur le développement durable et les risques climatiques, il est donc stratégiquement important pour nous de faire partie de l’écosystème luxembourgeois ». La startup spécialisée dans l’intelligence climatique qui transforme les données géospatiales et agronomiques en informations exploitables pour la prise de décision dans les secteurs de la finance, de l’assurance et de l’agroalimentaire a par ailleurs « récemment commencé à collaborer avec plusieurs organismes de recherche au Luxembourg. Notre participation à Nexus constitue une excellente occasion de renforcer ces relations et de nouer des liens avec l’ensemble de la communauté de l’innovation, de la finance et du développement durable. Nexus était pour nous l’occasion de nouer de nouveaux partenariats et de gagner en visibilité ». Et Jisuk Jay Lee, représentant la startup Sim2real, également présente sur le salon d’ajouter « que le Luxembourg constitue une excellente porte d’entrée sur le marché européen, notamment pour l’exploration spatiale, domaine d’activité de notre société ».




