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Gestion des déchets (4/5) : Défis ou opportunités pour les entreprises ?
Trends
09 octobre 2026

Gestion des déchets (4/5) : Défis ou opportunités pour les entreprises ?

La gestion des déchets passe aussi par la réduction des déchets. Les épiceries « zero emballages » se développent sur ce principe. (crédit : Getty images / Unsplash)

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À mesure que progressent la sensibilité à la protection de l’environnement et la conscience de la limite des ressources, la nécessité de réduire et de mieux traiter et utiliser nos déchets augmente. La législation européenne sur le sujet évolue rapidement et chaque pays membre de l’Union va devoir se mettre en conformité. Cela ne se fera pas sans créer un certain nombre de défis pour les entreprises, mais de multiples opportunités seront aussi à saisir. Tour d’horizon des enjeux et solutions.

La gestion des déchets représente une série de défis pour les entreprises. La législation en la matière, dictée par la volonté d’atteindre des objectifs ambitieux et louables pour préserver notre planète, est assez complexe et contraignante. Elle est amenée à évoluer encore à l’avenir pour accompagner la mise en œuvre des mesures préconisées dans le PNGDR publié au printemps 2026 par le gouvernement. Celui-ci dessine une feuille de route qui ne relâche pas les exigences, construite par type de déchets. Connaître et respecter cette législation représente donc le premier défi des entreprises. Les règles s’accompagnent d’un certain nombre d’obligations de déclarations dont dépendent le suivi des progrès réalisés au niveau national, notamment dans le cadre des différents régimes de Responsabilité Élargie des Producteurs (REP). Les producteurs de déchets doivent déclarer la quantité d’emballages, d’équipements électriques ou électroniques (EEE) ou de batteries qu’ils mettent sur le marché, car c’est à partir de ces déclarations que leur contribution financière au système est calculée. Chaque entreprise qui exporte des déchets est également tenue de faire une déclaration à l’administration de l’Environnement. Pour les aider à cerner et honorer leurs obligations, les entreprises ne sont pas seules. Elles peuvent solliciter l’aide de la SDK fir Betriber, ainsi que des organismes en charge des filières REP (Valorlux, Ecotrel, Ecobatterien). En principe les petites entreprises tertiaires sont peu concernées par les obligations de déclaration, à l’inverse des entreprises des secteurs de l’industrie, de la logistique ou de la construction, pour n’en citer que quelques-uns.

Label SDK fir Betriber

Le label SDK est un label de qualité qui récompense la gestion durable des ressources dans les entreprises et les institutions, attribué sous le patronage de l’Administration de l’environnement ainsi que de la Chambre de Commerce et de la Chambre des Métiers. Seules les entreprises qui mettent en pratique le schéma détaillé de gestion des déchets mis au point par la SDK selon la norme ISO 14024, peuvent être labellisées. La conformité aux critères d’attribution est contrôlée tous les ans puis, au bout de 5 ans d’attribution sans interruption, tous les deux ans.

Un autre défi concerne le tri, le stockage et le transport des déchets. Dans certaines activités, cela peut représenter des volumes importants. Or, qui dit stockage et logistique, dit coûts associés. À l’instar d’autres thématiques RSE, celle des déchets a donc tout à gagner à être intégrée dans les réflexions stratégiques tout au long des process des entreprises. Par exemple, au moment des achats, privilégier les produits éco-conçus dont la conception facilite le tri, le recyclage ou la biodégradabilité ; durant le cycle de fabrication, analyser la production de chutes et déchets et étudier leur valorisation potentielle soit dans les propres circuits de l’entreprise, soit en les vendant comme ressources à d’autres entreprises ; au stade de la logistique (expédition, livraison des produits), mener une réflexion sur les emballages utilisés, indispensables pour la protection des marchandises mais qui peuvent pour certains être évités ou allégés.

Ainsi, la réflexion sur les déchets peut aussi être porteuse d’opportunités, de récupération de matières, de réduction de certains coûts, de création de valeur, voire d’investissements à plus long termes dans des solutions prometteuses ou de nouvelles filières.

Au Luxembourg ou ailleurs, il existe déjà de nombreux exemples de business models construits sur le constat de la nécessité de réduire la production de déchets. Ces activités économiques solutionnent plusieurs aspects de la problématique.

Il peut s’agir de la transformation des déchets en ressources, en utilisant le recyclage ou l’upcycling. C’est le cœur de métier de PreZero Lamesch ou d’Ecotec, acteurs historiques du tri et du recyclage des déchets, mais on compte également bien  d’autres exemples au Luxembourg, comme Uplift360, la startup qui transforme des déchets industriels en matériaux à haute valeur ; Boson energy qui produit de l’hydrogène et du CO2 à partir de déchets ; R3Robotics qui recycle les batteries au lithium et développe des solutions pour récupérer et reconditionner les matériaux critiques dans les véhicules électriques notamment ; Clariter qui transforme des déchets plastiques en produits pétrochimiques durables ou encore Elemental qui recycle les déchets métalliques.

Il peut s’agir d’allonger la durée de vie d’un produit par la réparation, le reconditionnement ou le vente en seconde main. Dans cette catégorie, on trouvera par exemple les entreprises françaises Back Market ou YesYes qui proposent des produits techniques reconditionnés ou les magasins luxembourgeois de seconde main qui se multiplient depuis quelques temps, de la boutique solidaire (Vintage Mo(o)d), au dépôt-vente de luxe (Royal Second Hand, Secondluxe) en passant par les friperies traditionnelles ou tendances (Trouvailles, Pardon my closet).

Le saviez-vous ?

Vous pouvez solliciter un SME Package-Sustainability pour améliorer votre gestion des déchets. Si votre dossier est accepté (voir les conditions d’éligibilité sur Guichet.lu) vous bénéficierez d’un accompagnement ainsi que d’une aide financière qui peuvent couvrir jusqu’à 70% des coûts éligibles. Le package peut servir à mettre en place un outil de gestion ou de réduction des déchets ou encore un outil qui favorise la circularité.

Pour tout renseignement : sustainability@cc.lu

Des applications ou des places de marchés limitent également le gaspillage alimentaire ou autre en mettant en relation des vendeurs et des acheteurs pour écouler des stocks d’invendus, comme Leftlovers dans le domaine alimentaire. En outre, des activités consistent à remplacer du jetable par du durable par la conception d’emballages réutilisables ou de systèmes de consignes, comme Luloop au Luxembourg qui propose la location clé en main de gobelets réutilisables et toute la logistique associée. On peut encore citer les modèles qui favorisent l’usage plutôt que la possession des objets. La plateforme deelen.lu, créée pour organiser la location d’objets entre particuliers s’inscrit dans cette logique. Enfin, les déchets intéressent aussi l’économie de la donnée, celle-ci étant précieuse pour affiner les trackings de matières, les politiques à mettre en place et les filières logistiques à construire. Dans cette dernière catégorie on trouvera notamment la startup CRAB qui développe des caméras intelligentes capables de scanner très finement les déchets pour déterminer leur composition ou encore E-trash la poubelle intelligente proposée aux copropriétés par le groupe Marth. Le terrain est fertile au Luxembourg. Nul doute que d’autres jeunes poussent vont s’y épanouir.

3 questions à Anne Harles, gérante de Kilogram épicerie bio en ligne zéro déchets

Le zéro déchet intéresse-t-il de plus en plus de monde au Luxembourg ? 

Oui, je dirais que les gens sont sensibles à cette thématique et ont la volonté d’éviter de produire trop de déchets, surtout dans la communauté de nos clients Kilogram et Alavita (chaîne d’épiceries Bio également gérée par Anne Harles, ndlr), mais il faut leur tendre la main et les aider au maximum car ce n’est pas facile de changer les habitudes. C’est un long chemin de sensibilisation qui passe par des workshops, la présence sur des marchés, la communication sur les réseaux sociaux… Mais en voyant ce qui se passe ailleurs dans le monde, je pense que le Luxembourg est un pays où les gens sont particulièrement sensibilisés. Ils sont assez matures ou informés sur les thématiques environnementales, il faut juste les aider à passer à l’action.

Est-ce qu’il est possible de tout acheter sans emballages ?

Nous essayons de proposer une alternative sans emballage pour tous les produits de base. Notre gamme comprend de l’épicerie sèche, du pain, des fruits et légumes, ainsi que des cosmétiques et des produits de nettoyage. La plupart des produits est proposée dans des bocaux de verre réutilisables. Plutôt que d’adopter un positionnement radical, nous améliorons l’offre pas à pas. Ainsi, si l’on ne peut éviter un emballage on choisit une option responsable (emballage compostable, recyclé ou recyclable). Et nous réutilisons systématiquement les cartons dans lesquels nous avons réceptionné nos livraisons.

Pouvez-vous nous donner une idée du nombre d’emballages évités en faisant des courses dans un concept zéro déchets ?

Une famille de quatre personnes qui serait cliente régulière de Kilogram éviterait la production de 6 kilos de déchets plastique par an, tout en améliorant son empreinte carbone et en réduisant la consommation de pétrole qui sert à la fabrication des matières plastiques. Par ailleurs, elle éviterait 450 ans de pollution, le PET pouvant mettre plusieurs siècles à se dégrader dans la nature, et se transformant progressivement en microplastiques.

Nous avons aussi des clients corporate, et à titre d’exemple, une entreprise a économisé 83 kg de déchets d’emballage à usage unique l’année dernière en étant cliente chez nous.

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